Psy-EN dans les Hauts Cantons : Quand le Rectorat refile le bébé aux collectivités territoriales
Dans le second degré, les psychologues de l’éducation nationale sont rattaché·es à des Centres d’Information et d’Orientation (CIO).
Leurs missions sont primordiales :
- L’accompagnement individuel de l’orientation : cela concerne les élèves hésitant·es, pour qui cette problématique est compliquée.
- L’accompagnement en psychologie de l’orientation, souvent en lien avec la première mission car les jeunes sont en construction de leur identité.
- La participation à la construction collective du « Parcours avenir » des élèves, au côté des enseignant·es, des personnels médico-sociaux et des personnels éducatifs.
- Des bilans et des tests psychométriques pour les élèves à besoins particuliers, et pour lesquels on s’interroge sur une orientation SEGPA, ULIS ou IMPRO. Ce bilan coûte entre 300 et 500 euros dans le privé et nécessite du matériel spécifique. La ou le psychologue suit ces élèves (autant que possible) lors des réunions de suivi.
- Le suivi d’élèves, à leur demande, lorsque surviennent des moments difficiles dans leur scolarité et/ou dans leur vie quotidienne. La ou le psychologue peut les orienter vers des soins extérieurs à l’établissement.
Pour chacune de ces missions, la ou le psychologue peut recevoir les familles des élèves afin de trouver des solutions, les aiguiller…et bien entendu, échanger avec les professeurs, le personnel de la vie scolaire, les personnels médico-sociaux, comme l’assistante sociale et l’infirmière, et enfin, avec la direction.
Dans les Hauts Cantons, les établissements scolaires subissent de plein fouet les baisses drastiques des indemnités de déplacement et du budget de fonctionnement.
Depuis qu’ils ne dépendent plus du CIO de Pézenas mais de celui de Béziers, les budgets alloués par le Rectorat ont diminué de moitié.
Les établissements sont très impactés par ces mesures, davantage que les collèges et les lycées des villes, car les frais de déplacement sont plus importants, la population étant plus diluée sur le territoire.
Auparavant, la psychologue-EN se déplaçait une journée et demie par semaine à la cité F.Fabre, sur laquelle elle prenait une demi-journée par mois pour le collège de Saint-Gervais-sur-Mare. Quant au Lycée professionnel, elle y était présente une journée par semaine. Ce n’était déjà pas suffisant. Par ailleurs, les psy- EN sont affecté·es dans les établissements par les CIO fin septembre alors que les problématiques d’orientation par défaut se posent dès la rentrée en lycée professionnel et que les délais de réorientation sont très courts : les dossiers de droit à l’erreur doivent être déposés début octobre. La présence régulière de ces personnels est donc indispensable.
Depuis juin 2024, la perte des indemnités de déplacement empêche les psychologues d’intervenir dans les établissements des Hauts Cantons. Le Rectorat a accordé une « rallonge » de budget déplacement pour octobre et novembre 2024. Ensuite, on ne sait pas, et personne ne peut dire quel sera le montant de la nouvelle enveloppe 2025. Aucun travail ne peut être planifié, ni anticipé avec les élèves.
La perte (baisse de 51%) du budget de fonctionnement ne permet plus d’acheter les protocoles obligatoires pour faire passer les bilans psychométriques. Ces bilans sont nécessaires aux dossiers MDPH (Maison du Handicap) afin d’obtenir une orientation ULIS, SEGPA ou IME, or la MDPH a besoin de ces bilans dès… fin novembre. Il va donc être impossible d’orienter les élèves cette année. Cette même baisse de budget de fonctionnement ne permet plus au CIO d’acheter les autres outils nécessaires aux Psy-EN pour l’accompagnement des élèves dans leur projet d’orientation (questionnaires d’intérêts par exemple).
La participation au parcours avenir des élèves avec l’ensemble de la communauté éducative des établissements nécessite la présence régulière des psy-EN.
Le constat du mal-être des élèves et de leurs familles (et pas du seul fait de la scolarité ou des problématiques d’orientation) est relevé par de nombreuses études, plus intensément encore depuis la crise sanitaire… Supprimer les possibilités d’écoute et d’accompagnement, auxquelles participent pleinement les psy EN, est d’autant plus incohérent que le gouvernement a prétendu que le bien-être des élèves constitue un axe prioritaire de la politique éducative nationale…
Les alternatives proposées par l’administration sont soit le déplacement des familles vers le CIO de Béziers, soit des rencontres en visioconférence. Mais comment faire des entretiens psychologiques en visioconférence ? Comment faire passer des tests à distance ? On ne peut pas laisser un élève seul devant un ordinateur dans un collège et le CIO n’a de toutes façons pas le matériel nécessaire.
Le 25 septembre, une délégation de personnels a rencontré le Directeur Régional d’Académie de l’Information et de l’Orientation au rectorat, qui n’a alors apporté aucune réponse supplémentaire.
La décision a été prise au rectorat sans qu’aucune visibilité sur 2025 ne soit donnée et il faut s’attendre à ce que l’enveloppe pour 2025 soit plus réduite encore que celle de 2024.
Une délégation des personnels de la cité scolaire Ferdinand Fabre a rencontré les DASEN adjoints le 25 septembre.
Il lui a été répondu que la situation catastrophique des Hauts Cantons était connue et qu’eux n’étaient pas décisionnaires, mais que tout allait s’arranger, puisqu’un Territoire Éducatif Rural (TER) allait être créé.
Initialement prévu pour la rentrée 2025, le TER pourrait, dans l’urgence, voir le jour en janvier. Ce dispositif semble être un projet « pilote », dont on ne sait vraiment pas grand-chose pour le moment. Les DASEN adjoints ont encouragé les personnels, lors de leur audience, à ne pas hésiter à faire remonter les besoins pour qu’ils soient pris en compte dans le cahier des charges … d’un projet qui doit aboutir dans moins de trois mois.
Le territoire des Hauts Cantons souffre d’une réelle carence sur le plan médico-social : accès aux suivis psychologiques et psychiatriques entre autres. Le projet de Territoire Éducatif Rural devrait alors prendre en compte cette carence et combler un manque depuis longtemps dénoncé.
Si ce TER voit vraiment le jour, pour autant, l’Éducation nationale ne devrait pas en profiter pour se désengager encore davantage en ne permettant pas une présence des psy-EN dans tous les établissements scolaires de ce territoire. Les prérogatives de l’État ne devraient pas être transférées aux collectivités territoriales, déjà sursollicitées, et avec des moyens très limités… Les élus de la Communauté de communes du Grand Orb ne sont pas très enthousiastes.
Une mobilisation devant la cité scolaire a eu lieu le 2 octobre, soutenue par l’Union Locale Solidaires et l’Union Locale CGT de Bédarieux, lors du déplacement du préfet ce jour-là. Une cinquantaine de personnes, constituée de parents d’élèves, de psy-EN et d’enseignant·es l’attendait. Il lui a proposé une rencontre le 10 décembre 2024, à 11h30, à la Préfecture.
Un collectif s’est monté : le « Collectif pour le maintien des budgets psy-EN de la Cité scolaire Ferdinand Fabre et du lycée professionnel Fernand Léger de Bédarieux ». Il appelle les élus du territoire ainsi que tous les personnels à lui apporter leur soutien lors de cette rencontre.
Le 27 novembre, le conseil d’administration du collège de la Cité scolaire a eu lieu. Les personnels ont découvert qu’il était à présent question d’une « Cité éducative », qui « renforcerait » la prise en charge médico-sociale des élèves, en plus d’un TER qui, lui, aurait vocation à proposer des projets culturels. Aucun échange n’a eu lieu en amont du Conseil d’administration pour expliquer le projet. Une nouvelle ligne budgétaire apparaît, dans laquelle l’Éducation Nationale investirait 15 000 euros pour ces dispositifs. Ce financement est largement supérieur au budget annuel du CIO.
La communauté éducative n’a, à aucun moment, eu son mot à dire. On peut évidemment s’attendre à une ingérence des élus locaux et de la Préfecture, copilotes du dispositif. L’école devient un « partenaire » parmi d’autres.
Les cités éducatives
Ce sont des structures multi-partenariales avec une réserve vouée à financer des projets. On constate une grande opacité de la gestion et de l’attribution des subventions pour des projets aux contours très flous. Ces cités éducatives n’apportent bien entendu rien en termes d’amélioration des conditions de travail des personnels ou des conditions d’apprentissage des élèves. Ce sont des coquilles vides qui mènent des projets sans aucune concertation avec les personnels. Elles permettent l’entrée d’associations au sein des établissements scolaires sans passer nécessairement par le vote des Conseils d’administration. Le site « Cités éducatives » recense une quinzaine d’associations parmi les partenaires nationaux, souvent financées par de grands groupes d’entreprises à des fins d’optimisation fiscale et de marchandisation de l’École.
Jusqu’à présent, les missions des psychologues, des assistantes sociales et des infirmières scolaires étaient complémentaires et internes à l’Éducation nationale. Les établissements ne vont-ils pas en profiter pour ne plus du tout investir ces missions ? Des associations viendront dans les établissements et seront payées pour « accompagner » les élèves et faire le travail qui incombait jusqu’à présent aux psychologues, aux assistantes sociales et aux enseignant·es. Ce n’est donc pas tant une économie de la part de l’État, mais un déplacement de ses compétences et de son budget vers le privé.
Comment peut-on accepter que le parcours d’orientation des élèves puisse être piloté par des organes externes à l’école ? Pour répondre à quels objectifs ? Dans l’intérêt de qui ? Que penser de la mise en concurrence des établissements, en fonction des projets qui plairont, ou non, aux préfectures et aux élus locaux ? Qu’en sera-t-il, à force, du Service public d’éducation et de l’égalité républicaine ?
SUD éducation 34 exige :
-* la fin de ces Cités éducatives opaques,
- une sanctuarisation des missions de l’école,
- des budgets de fonctionnement et de déplacement à la hauteur des besoins pour les CIO,
- l’augmentation des personnels médico-sociaux (assistantes sociales, Psy-EN, infirmières, médecins scolaires) en éducation prioritaire comme en zones rurales isolées