Départementalisation et déspécialisation du remplacement dans l’Hérault : la dégradation annoncée se confirme
Lors du CSA-SD du 7 avril 2026, la départementalisation et la déspécialisation du remplacement étaient à l’ordre du jour. Le lendemain, des visioconférences étaient organisées pour chaque circonscription à l’intention des remplaçant·es. Les personnels sont très en colère, et à raison : la dégradation est bien là.
Qu’est-ce qui change ?
Afin « d’optimiser l’organisation et la gestion du remplacement » (et de réaliser de substantielles économies), les ZIL et les brigades vont fusionner en un vivier départemental unique, accessible à tou·tes les gestionnaires du remplacement. Cette gestion sera partagée entre les circonscriptions et la DSDEN, non plus en fonction de la durée de l’absence, mais de son motif.
Tous les personnels de remplacement déjà en poste se verront réaffectés sur cette nouvelle zone (le département) sans participation obligatoire au mouvement, en conservant leur ancienneté de poste et sans que leur adresse administrative ne soit modifiée. Si ces personnels décident de participer au mouvement départemental 2026, les ZIL (uniquement les ZIL) obtiendront une bonification de 5 points pour tout poste d’adjoint dans la circonscription de leur école de rattachement (à l’exclusion des postes à exigence particulière).
Dans notre département, une nouvelle application, « nouvelle solution de la suppléance et du remplacement dans le premier degré » compatible avec Aria+, sera déployée après les vacances d’automne.
Sera prise en compte, en premier lieu, la distance entre l’école de rattachement du personnel et le lieu de remplacement, l’objectif prioritaire étant, comme l’a rappelé l’administration, de réduire les coûts. Vient ensuite son « curriculum vitae » (titres, certifications, expérience).
Ce que l’administration présente comme des avantages :
- la planification facilitée du remplacement
- l’automatisation des indemnités dues à l’agent (ISRR, REP, REP+)
- l’automatisation de la transmission de l’information à l’agent et à l’école où le remplacement est prévu
Quelques points d’inquiétude
Le respect des droits syndicaux
La gestion du remplacement se fera en fonction du motif de l’absence et non plus de sa durée. Faut-il s’attendre à ce qu’il y ait une hiérarchisation des priorités ? Est-ce que cette hiérarchisation va placer encore plus systématiquement le remplacement pour formation syndicale à la toute fin des priorités de remplacement ?
La prise en compte des recommandations médicales
Jusqu’à présent, les recommandations du médecin de prévention pour raison de santé ou RQTH étaient plus ou moins prises en compte par les secrétaires de circonscription. En raison du secret médical, il n’est évidemment pas envisageable de renseigner des éléments touchant à la santé des agents dans un logiciel de gestion. Comment ces recommandations vont-elles donc être connues et donc prises en compte par tous ces gestionnaires ? L’administration n’a pas fourni de réponse concrète à cette question.
La prise en compte des souhaits de l’agent·e
L’application va permettre à l’administration de renseigner un « curriculum vitae » à partir des archives de l’application Aria+. Mais l’expérience d’un personnel ne traduit pas nécessairement ses préférences ou ses souhaits. Un·e enseignant·e qui s’est vu·e contraint·e de n’effectuer que des remplacements en maternelle risque d’y passer le reste de sa carrière de remplaçant·e. Un·e autre, qui a remplacé plusieurs fois en ASH, sans pour autant s’y sentir compétent·e, sera amené·e à y être appelé·e plus qu’un·e autre. Si bien sûr les liens humains tissés entre l’agent·e et le/la secrétaire de circonscription n’ont aucune raison de se rompre, ils n’ont aucune chance de se tisser entre l’agent· et la vingtaine d’autres gestionnaires du département.
L’abandon de la cohérence pédagogique
La déspécialisation du remplacement remet en cause une certaine cohérence pédagogique.
Les brigades ASH avaient déjà disparu, ce qui avait déjà dégradé la qualité du remplacement en ULIS, en SEGPA, etc.
Les ZIL REP+ permettaient aux personnels exerçant en REP+ d’être remplacés durant les 18 demi-journées de pondération afin de travailler collectivement et de se former ensemble, de concevoir et d’organiser le suivi des élèves, de coopérer davantage avec les parents d’élèves. Avec la déspécialisation, on n’a plus du tout l’assurance que ces demi-journées pourront vraiment avoir lieu.
Il en est de même pour les brigades qui remplaçaient les directions des petites écoles. C’était l’assurance de permettre à ces personnels d’avoir leurs jours de décharge, remplacés par des collègues qu’ils connaissaient, avec une planification pédagogique sur l’année. Là, cela sera au petit bonheur la malchance. Tant pis pour les élèves.
De même pour les brigades de formation continue.
Une dégradation générale de la qualité du remplacement
Les 600 TRD pourraient effectuer tous les remplacements dans toutes les écoles. Combien de temps avant de connaitre les personnels, les élèves, les aspects pratiques (code du portail, placard du matériel EPS…) de toutes ces écoles ? Des remplacements de toutes durées, une improvisation obligatoire (certaines missions annoncées le matin même). Là où l’administration gagne en « rationalité », l’éducation perd en qualité.
Vers qui les moyens de remplacement seront-ils dirigés ?
Par le passé, dans l’Hérault, il s’est déjà produit que des remplaçant·es soient missionné·es en renfort dans des écoles où c’étaient des AESH qui étaient absentes … après que des parents scandalisés (à raison) par le non accompagnement de leur enfant notifié·e ont manifesté leur mécontentement auprès d’une inspection… Est-ce que l’ont doit s’attendre à ce que, comme dans les Yvelines, les moyens de remplacement soient dirigés préférentiellement là où les parents se manifestent avec le plus d’aisance auprès des autorités compétentes quand l’enseignant·e de leur enfant n’est pas remplacé·e ?
Et surtout, l’injustice
Les différents types de postes actuels ont été obtenus au barème. Certains étaient plus recherchés que d’autres et nécessitaient davantage de points. La déspécialisation constitue en cela un préjudice très fort et enfreint les règles paritaires.
Les personnels qui avaient utilisé leurs points de barème pour obtenir un poste de ZIL REP+ perdent l’assurance d’exercer en éducation prioritaire, ce qu’iels ont choisi, y compris en raison de la prime. Pour elles et eux, la déspécialisation représente une perte au minimum de 30 % de la prime REP+ puisqu’elle sera versée au prorata du service en éducation prioritaire renforcée. Ce préjudice sera subi sans bonification spécifique (en plus des 5 points réservés aux ZIL) pour le mouvement 2026.
C’est la même chose pour les brigades de formation continue et celles et ceux qui remplaçaient les direction de petites écoles : aucune bonification n’est prévue pour elles et eux. Le DASEN a précisé qu’il ne serait pas en mesure de dire si ces dispositifs pourraient être conservés avant la fin de l’année scolaire. C’est bien dommage pour les collègues qui se demandent si elles ou ils devraient participer au mouvement !
Les personnels extrêmement mécontents
La majorité des Titulaires Remplaçant·es du département refuse la départementalisation et la déspécialisation du remplacement, d’abord parce qu’elle est injuste, ensuite parce qu’elle va dégrader leurs conditions de travail, et enfin parce que la qualité du remplacement en sera dégradée.
Bien sûr, le système actuel n’est pas satisfaisant dans la mesure où le taux de remplacement était très insuffisant (environs 50%).
Pour autant, la modification du système, s’il est possible qu’il améliore le remplacement en quantité (toutefois dans les départements où la départementalisation a déjà été mise en place c’est le contraire qui s’est produit) il ne fait aucun doute qu’il en sera dégradé en qualité.
Ce que le gouvernement avait le devoir de faire pour respecter le droit des élèves à une éducation de qualité, c’est de créer des postes de remplaçant·es.
SUD éducation 34 reste mobilisé, vigilant et déterminé, prêt à soutenir toutes les actions, y compris la grève, pour défendre nos conditions de travail et un service public de qualité.